Concentre-toi ! Oui, mais comment ?

Fév 21, 2018 | 0 commentaires

Vous est-il déjà arrivé d’essayer de vous concentrer lors d’un match de tennis ou devant un devoir mais impossible de fixer votre attention? Vous est-il arrivé lors d’un examen ou d’un entretien d’embauche de penser à une chose qui s’est passée des années en arrière et qui n’a aucun rapport avec le sujet du moment ? Vous arrive-t-il lorsque vous lisez un livre de tourner les pages en pensant à tout autre chose? Vos yeux ont bien suivi les mots ligne après ligne mais vous n’avez rien enregistré… Ou peut-être parfois essayant de vous concentrer sur votre lecture, vous ne pouvez faire autre chose que d’entendre le bruit de votre conjoint engouffrant un bol de céréales devant la télé. Enervant non ?

Qu’il serait bon de pouvoir centrer toute son attention sur la tâche précise que nous nous sommes donnés de réaliser sans se déconcentrer une seule seconde…
Est-ce possible ? La réponse est NON.

Quoi? Un préparateur mental devrait pourtant me donner une réponse positive à ce genre de question!

Eh bien non, il ne le peut tout simplement pas parce qu’il est impossible de rester concentrer de façon linéaire totalement centré sur une tâche plus de 15 min.
Des études prouvent qu’un adulte moyen est capable de se concentrer sans discontinuer au maximum 15 min.
Mais alors comment font les grands champions, les musiciens concertistes ou les hommes d’affaires pour performer des heures durant?

Le préparateur mental a une réponse à donner : ils savent se concentrer ET se déconcentrer.

S’il est impossible de se concentrer plus de 15 minutes d’affilée les experts (sportifs, musiciens ou autre) divisent leur temps d’attention. Ils passent de phases totalement concentrés sur une chose importante, se désaxent puis se re-concentrent etc.

Le problème est que la plupart des gens pense que :

1 – pour se concentrer il faut du temps.
2 – s’ils se déconcentrent il leurs faudra alors tout autant de temps pour se remettre à l’action.

D’où frustration, stress et colère qui sont totalement compréhensibles. En effet, si pour entrer en action totalement concentré il me faut 30 minutes et qu’un élément extérieur vienne à me déconcentrer, imaginez ma frustration lorsqu’un spectateur éternue sur une deuxième balle de service. Sorti du match, il me faudrait 30 minutes pour repartir à l’action laissant mon adversaire prendre l’avantage… Il est normal que je m’énerve et que je perde les pédales.

Comment font les champions alors? Ont-ils des super-pouvoirs?

Les champions ont un savoir faire qu’ils ont acquis au fil du temps.

Tout d’abord donnons une définition à la concentration. C’est quoi être concentré? Il est bien joli de le demander à un athlète voire de lui crier dessus « concentre-toi ! » si c’est pour se trouver dans l’incapacité de le lui expliquer. Je ne parle pas de lui vendre des routines. Comme respirer avant un évènement, se mettre dans sa bulle, s’isoler etc.
Si se concentrer relevait d’une addition de routines (et c’est ce que pense la majorité des sportifs, même au plus haut niveau), il suffirait de souffler dans sa main ou de remettre son slip en place… Nous voyons énormément de sportifs de haut-niveau « dégoupiller » pour un rien alors qu’ils avaient bien remis leur slip en place… Sans parler de toute la dépense énergétique gaspillée à tenter désespérément par tous les moyens possibles de se mettre dans une bulle. Des athlètes prenant parfois jusqu’à une heure de « mise en bulle » avant une rencontre : arrivés sur le terrain ils sont déjà éreintés !

Qu’est-ce que la concentration :

«  Penser à ce qu’il faut faire maintenant»

Cela parait simple de prime abord (et ça l’est), mais c’est un réel travail sur soi-même. Un travail de longue haleine.
Je me souviens d’une phrase de Pete Sampras, ancien numéro un mondial de tennis qui disait « la concentration ce n’est pas un interrupteur que l’on allume ».

Vous me direz mais c’est en contradiction avec la définition. Pas du tout.
Avec la définition, il est aisé de comprendre que pour se concentrer, il n’est pas nécessaire de s’isoler une heure avant une rencontre, les écouteurs sur les oreilles. Le moment venu si nous savons ce que nous avons à faire, nous y pensons et nous le faisons. Mais cela demande un savoir faire et tout savoir faire demande du temps et de la répétition.

Que veut dire penser à ce qu’il faut faire?

Peu d’athlètes ont une idée précise du jeu ou des actions qu’ils ont à réaliser. Peu de joueurs de tennis ou de footballeurs connaissent leurs points forts. Peu ont un fil conducteur qu’ils sont prêts à tenir tout au long d’une rencontre.
Peu oui, mais les plus grands le savent. Pete Sampras par exemple savait exactement ce qu’il devait faire sur un court. Quoi qu’il advienne il tapait fort sa première et sa deuxième balle. Quoi qu’il advienne il essayait de prendre le filet le plus vite possible. Quoi qu’il advienne il guettait le moment où il pouvait tourner autour de son revers pour décocher un coup droit d’attaque.
Alors cela simplifie la tâche. Connaitre ses points forts et savoir quoi faire.

Cela facilite la tache mais il reste le problème des distractions.
Quelles sont-elles?

Trois axes du temps.

Le passé, le futur et le présent.
Le cerveau marche en flux tendu, il est donc vain de vouloir le « stopper ». Il est normal aussi que nos pensées se baladent dans ces trois moments. Ce qui est plus préjudiciable est que nous soyons dans le passé ou dans le futur au moment de l’action. Le temps de l’action est le présent : l’ici et le maintenant.
Evidemment que se déroulent dans l’inconscient des mécanismes et des traitements de l’information en relation avec notre passé et anticipationnels faisant cas du futur. Dans la performance nous intéressent l’action et la production d’actions optimales, en rapport avec le stimulus présent. Exemple, un footballeur qui tire un pénalty ou un coureur du cent mètres au moment du départ.
Pour ces sportifs, ce qui aide la concentration est de savoir précisément les gestes qu’ils ont à effectuer. Regardez les skieurs alpins vivant la course dans leur tête quelques minutes avant le départ. Ils visualisent, et le moment venu sont plus à même de se concentrer sur le moment : le virage, la flexion des jambes, la bonne courbe. Il serait inconvenant de penser à ce qu’ils ont mangé le matin ou aux prochaines vacances qu’ils ont pris lors d’un virage à plus de 100 km/h. Un centième de seconde hors concentration, hors moment présent et c’est la faute.

Dans les sports qui durent, il est tout bonnement impossible de rester totalement concentré comme un skieur pour qui la course ne dure que deux trois minutes. Un joueur de foot doit se concentrer 90 minutes. Un joueur de tennis entre 1 et 5 heures. Un joueur de rugby 80 minutes.
Or, notre capacité (en moyenne pour des adultes entrainés) à rester pleinement concentrés sur le moment présent est de 15 min. Comment faire ?
Comment ne pas plonger dans le passé et dans le futur? Comment ne pas entendre les bruits dans le public ou le propre écho de son agacement ?

La réponse est que l’on accepte que cela arrive et quand nous le remarquons et si nous savons ce que nous avons à faire nous revenons au présent.

On plonge dans le passé.
On plonge dans le futur.
On entend les bruits et l’écho.

Et quand vient l’action on se concentre totalement.

On fonctionne en circuit alternatif.

Il n’est pas nécessaire d’un laps de temps pour se concentrer.
Cette flexibilité est un art, un savoir faire qu’il faut entrainer.

Prenons un exemple. Pensez à vos dernières vacances. revivez le moment, plongez vous dans les souvenirs et revivez-les. Prenez un peu de temps. au top répondez à ma question.
De quelle couleur sont vos yeux?
Vous voyez, vous avez switché en un instant. Vous êtes passé des Bahamas à l’ici et maintenant : répondre à la question qui vous était posée.
Mais il bien plus complexe de réussir un service gagnant au tennis que de donner une réponse aussi banale. C’est pour cela que les sportifs s’entrainent des années pour automatiser leurs mouvements. Le problème étant que pour la majeure partie d’entre eux c’est au moment où ils commencent à maitriser la technique que les problèmes liés au mental apparaissent. Notamment celui de la concentration. L’attention n’étant plus centrée sur le mouvement à effectuer dans le présent, elle vagabonde. Vais-je gagner? Suis à la hauteur? Si je perds ce match quelles vont être les conséquences? Deuxième service, je risque de le rater parce que la dernière fois… Les gens parlent autour de moi etc..
Passé, futur, passé futur.
On n’est plus sur le moment, on s’éloigne de l’action.
Alors les sportifs tentent en vain de rester dans une bulle pour se concentrer. Je le rappelle, il est impossible de rester plus de 15 min concentré !!!!!

Le courant alternatif.

Si nous savons exactement ce que nous devons faire (l’entraînement est là pour nous y aider) Il n’est pas nécessaire d’être concentré longtemps avant puisque nous l’avons montré plus haut, revenir au moment présent nécessite une fraction de seconde. Une fraction de seconde si nous SAVONS CLAIREMENT quoi faire.
Action, relâchement action relâchement.
Cela ne veut pas dire qu’il faille forcer la dé-concentration dans les moments offs, ce serait se concentrer sur la déconcentration… Mais une fois l’action jouée, l’esprit peut vagabonder… car l’on sait qu’il est aisé de se re-brancher.

Bonne concentration !
José Doutre
www.coachingmental.fr

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