Elle l’a confié avec émotion : « Cher tennis, il est temps de te dire au revoir […] je me sens prête à tourner la page et à ouvrir un nouveau chapitre. » Et encore : « Ma 14e participation consécutive – et la dernière. […] Je veux simplement savourer pleinement ces dernières semaines en tant que joueuse professionnelle. »
La situation rappelle étrangement celle de Julien Benneteau, qui, après avoir annoncé la fin imminente de sa carrière, avait réalisé en 2017, à Bercy, le meilleur tournoi Masters 1000 de sa vie, allant jusqu’en demi-finale. Pourquoi cette analogie ? Il semble qu’en annonçant clairement la fin de leur carrière, certains sportifs se libèrent d’un poids émotionnel écrasant qu’ils n’arrivaient pas toujours à gérer de façon optimale, leur permettant d’évoluer sur le court avec une liberté nouvelle et salvatrice. Ils peuvent ainsi exprimer leur jeu avec constance et intensité, bien au-delà de ce qu’ils parvenaient à produire sporadiquement auparavant. Une libération qui transforme profondément leur performance.
Caroline Garcia a tout vécu sur le circuit : la pression du top niveau, les hauts incroyables, les bas douloureux, l’euphorie des victoires comme la douleur des échecs. Tout au long de sa carrière, elle a semblé être rattrapée sur le court par le stress et la frustration, sans doute liés à l’enjeu et à cette envie de bien faire qui l’habite de façon excessive. Si mon hypothèse s’avère fondée, cette annonce de fin de carrière pourrait agir comme un déclencheur décisif, instaurant en elle une forme d’apaisement mental indispensable pour donner le meilleur de soi: Inconsciemment, le clap de fin enclenché pourrait la délivrer de cette tyrannie du résultat qui entrave encore la performance de tant d’athlètes.
Caroline l’a clairement exprimé : elle souhaite « savourer pleinement ces dernières semaines de compétition ». C’est précisément cette volonté de profiter du moment présent, alliée à son expérience et à sa combativité intactes, qui pourrait lui permettre de livrer la plus belle prestation de sa carrière à Roland-Garros.
Je ne serais donc pas du tout surpris qu’elle signe l’un de ses meilleurs résultats à Roland-Garros, ou du moins, qu’on la voie jouer avec un immense plaisir, visible et contagieux. Et pourquoi pas, comme Benneteau, se laisser griser par cette liberté retrouvée et prolonger l’aventure une année de plus ?
Comme Julien Benneteau avant elle, Caroline Garcia peut transformer cette fin annoncée en véritable déclencheur d’une « liberté de jouer » qu’elle a semblé chercher toute sa carrière. Je suis convaincu que, portée par un public français passionné et libérée de toute retenue et hésitation, elle offrira son tennis le plus authentique et combatif. Roland-Garros 2025 pourrait bien devenir le tournoi de référence de sa magnifique carrière.
